Grand-mère,
Ce recueil est un remerciement pour toutes les fois où j’ai pu cuisiner à côté de toi, habile de tes mains, à éplucher une pomme avec un petit couteau effilé, ou bien ciseler le persil avec une extrême douceur et attention.
Après m’avoir cuisiné plein de plats, c’est à mon tour maintenant de te préparer quelques mets et de te raconter ceux qui m’ont le plus plu, pour le goût, mais aussi pour ce moment passé avec toi.
Tu en reconnaîtras certains car c’est tout simplement toi qui me les a légués.
Le premier que j’ai pu goûter a été le gâteau au yaourt, qui me permettait de me souvenir que j’étais en sécurité ici et que les vacances avaient bel et bien commencé.
Le premier plat que j’ai dû faire a été le poisson pané, avec un sérieux coup de main que je ne pouvais reproduire, car à huit ans, mes mains n’étaient pas assez habiles pour réaliser une découpe de poisson et une succession de plongeons dans une huile chaude.
Le premier plat dont je me délecte lorsque je viens te voir aujourd’hui est une forme de frichti composé d’une couronne au chèvre et de quelques rillons préalablement achetés à la charcuterie de l’église.
Chacune des recettes que tu liras est remplie d’une multitude de souvenirs, de la bouteille qu’il fallait aller chercher à la cave en passant par un échange un peu corsé, afin de savoir si les patates allaient être en purée ou sautées à la poêle.
Je te remercie pour ce laisser-aller très rigoureux qui m’a suivi toutes ces années et qui n’a de cesse de m’habiter au quotidien.
Achille Laplante Le Brun
Une saveur. Un moment. Un souvenir.
Ces images d’Achille Laplante Le Brun ne se rangent pas du côté du spectaculaire mais de celui d’une histoire, comme on figerait un moment qui s’est évanoui. En Touraine, dans un jardin modeste où les végétaux, sauvages parfois, se fraient un chemin jusqu’à la lumière.
Achille Laplante Le Brun saisit les petits riens qui se glisseront dans la recette. Ces plats ont la simplicité apparente de ceux confectionnés en famille, avec les petits secrets de fabrication que seuls l’oral et le même plan de travail permettent de partager.
Ces « plats à raconter » sont le souvenir d’une transmission, les recettes qu’une grand-mère a livrées à son petit-fils et qu’il s’ingénie à reproduire, ravivant ce moment de partage autour d’un geste, d’un parfum ou d’un sourire.
Dans leur nudité, ces assiettes évoquent un hors-champ, celui de la main qui les a préparées et composées, celui de la cuisine où elles ont pris forme la première fois, avant d’être partagées.
Elle charrient aussi leur lot de souvenirs, de bruits et d’anecdotes dont, étrangement, on pourrait se sentir familier.
Angelo Cirimele
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